Ho Chi Minh, un complément d’Histoire

Nous descendons des montagnes de Da Lat pour rejoindre l’immense ville d’Ho Chi Minh. Notre petit séjour est l’occasion d’approfondir nos connaissances historiques du pays et de la guerre. Basés au cœur du quartier festif, nous irons à la découverte des grands monuments de la métropole.

Mais avant tout voici le sommaire de cet article :

Nous n’avons pas bien calculé notre coup sur l’arrivée de notre bus de nuit à Ho Chi Minh. Nous avions retardé notre départ de Da Lat à 23h pensant débarquer vers 7h. Mauvais calcul, nous sommes arrivés à 4h30 du matin, heure à laquelle tout est fermé, on adore. Cela signifie donc une longue attente sur les bancs de l’agence de transport avant de rejoindre à une heure plus décente notre Airbnb pour y déposer nos affaires. Situé au cœur du quartier festif de Pham Ngu Lao, nous arrivons à 6h dans la rue où sont localisées les plus grosses boîtes de nuit de la ville. Avec nos cernes jusqu’aux mentons et nos gros sacs on n’est clairement pas dans le thème comparé aux fêtards imbibés qui dégustent leur dernière bière, et même à cette heure matinale, les enceintes crachent encore de la musique à railler les tympans. On se regarde en se disant qu’on a mal choisi notre quartier et qu’on ne va pas dormir pendant notre séjour. On s’enfonce alors dans les petites ruelles perpendiculaires, le calme se fait place, petit à petit. Il s’agit d’un vrai labyrinthe et après 10 minutes de vadrouille, impossible de trouver l’adresse que l’on recherche. Un habitant vient alors à notre rescousse et nous amène gentiment devant la porte de notre nouvelle maison. Ouvrable via code, nous pouvons  pénétrer seuls, déposer nos gros sacs dans un coin et nous écrouler dans le canapé du salon pour un somme bienvenu. Ce AirBnb s’avère vraiment exceptionnel, situé en plein cœur du quartier festif, il est parfaitement au calme dans une minuscule ruelle et dispose de chambre lumineuse et confortable.

Astuce transport : De Da Lat à Ho Chi Minh, la compagnie Futa assure la liaison avec un départ à toutes heures de jour comme de nuit pour 260 000 VND. Les bus couchettes sont hyper confortables et le service avec pick up à l’hôtel est impeccable.

Astuce logement : Sur booking, la Travel House propose des chambres avec sdb privée et sans petit dej pour 265 000 VND.

Le palais de la réunification

Après ce petit moment de repos, nous partons à l’attaque de cette grande ville. En arrivant dans le sud du Vietnam, nous retrouvons des températures à +30°C qui peuvent être étouffante en pleine journée. La ville est très animée avec beaucoup de circulation mais elle est bien aménagée avec de vrais trottoirs et de nombreux parcs qui créent des poches agréables dans le centre-ville, nous apprécions l’atmosphère qu’elle dégage. Nous commençons par la visite du Palais de la Réunification ou Norodom Palace.

La visite débute par l’exposition présentée dans le pavillon d’entrée. Celle-ci retrace les faits marquant du monument couplés à ceux du sud du Vietnam. L’histoire du palais Norodom commence avant celle du bâtiment actuel. Le palais original a été construit en 1868 pour accueillir le gouvernement colonial français d’Indochine. Ce palais énorme qui avait englouti une grand part du budget de la colonie fut le siège des gouverneurs successifs des provinces coloniales françaises d’Extrême-Orient. Il est surnommé Palais Norodom, du fait de sa proximité avec l’avenue du même nom qui menait au palais. En 1954, après les accords de Genève et la fin de l’Indochine française, les français se retirent et transmettent le palais au premier ministre Ngô Dinh Diêm qui, l’année suivante, renverse le chef de l’État Bảo Đại, devient président de la République du Sud Viêt Nam et s’installe dans le palais. À ce moment là, le pays est coupé en deux avec au sud les pro-capitalistes, allié des français puis des américains et au nord les pro-communistes qui défendent l’indépendance de leur pays. Les combats font toujours rage et s’intensifient avec le débarquement des américains à la suite des français.

Le 27 février 1962, le palais présidentiel est bombardé par deux avions de chasse pilotés par deux lieutenants de l’Armée de l’Air sud vietnamienne, dans le but d’assassiner le Président Diem. L’attentat est un échec, mais le bâtiment en ressort lourdement endommagé. Ngô Dinh Diêm le fait alors démolir pour y construire au même emplacement l’édifice actuel. C’est l’architecte vietnamien Ngô Viết Thụ, lauréat du Prix de Rome en 1955 qui réalise la conception de l’ouvrage dont la volumétrie est directement tiré de la symbolique d’Extrême-Orient. Chaque partie du bâtiment exprime un concept fondamental via sa volumétrie ou ses lignes. Par exemple le plan général reproduit l’idéogramme, ji, qui signifie « chance ».

Ngô Dinh Diêm fini par être assassiné lors d’un coup d’État en 1963 sans voir la fin des travaux. Le nouveau palais est achevé en 1966 et reste la résidence présidentielle jusqu’au 30 avril 1975, date qui marque la chute de Saïgon et la fin de la guerre du Viêt Nam. Hanoi devient la capitale du pays réunifié et le palais est reconverti en site historique.

Après ces rappels historiques nous visitons le vaste monument, dont l’architecture moderniste n’est pas sans rappeler les travaux d’Oscar Niemeyer à Brasilia, surtout sur la gestion de la lumière et la construction par éléments préfabriqués. On découvre la dizaine de pièces accessibles aux mobiliers art-déco. Nous finissons par le bunker présidentiel situé sous le palais.

Un tour de la ville

Après cette belle visite nous arpentons l’ancien quartier colonial où l’on retrouve les principaux monuments de la cité. Nous commençons par l’immense marché Ben Thanh au cœur de la ville. Bon, comme tous les marchés vietnamiens nous retrouvons à peu près les mêmes produits et faux objets artisanaux made in china vendus à prix d’or. Mais il est toujours plaisant de s’y promener, c’est plutôt calme contrairement à la rue, et c’est un plaisir pour les yeux toutes ces couleurs et matériaux différents.

Nous poursuivons vers la cathédrale Notre Dame, somme toute pas très impressionnante et en travaux à notre passage avant de rentrer dans le vaste hall de la poste centrale en parfait état !

Nous finissons notre tour sur l’immense avenue Saigon, piétonne et bien aménagée qui commence face à la Mairie de la ville et se termine sur les berges de la rivière en passant par l’Opéra. Le long de l’axe nous découvrons un surprenant bâtiment dont chaque ancien appartement accueille un café aux couleurs et styles différents de son voisin. Notre promenade s’arrête ici et nous rentrons dans notre quartier festif où l’énorme offre de restauration nous permet de dégoter un petit restaurant dans nos prix dans une petite rue calme.

Les Cuchi tunnel

Ce matin Micka part seul à l’aventure, Elo n’étant pas du tout intéressée par la visite des Cuchi tunnel. Après une heure de bus, je débarque dans le complexe touristique des Cuchi Tunnel. Il s’agit d’un immense système de tunnels souterrains situés à une quarantaine de kilomètres au Nord-Ouest du centre ville.

Astuce visite : Après un tour des nombreuses agences du quartier de routard, le prix de l’expédition d’une demi-journée au Cuchi Tunnel (transport + guide) est négocié à 100 000 VND par personne auquel il faut ajouter 110 000 VND de ticket d’entrée.

Initialement créés par le Viet Minh (vietnamien communiste du nord) sous l’Indochine française, ces tunnels ont été développés lors de la guerre contre les américains pour atteindre environ 250 km. Il s’agissait alors d’un réseau gigantesque regroupant des galeries étroites desservant des salles semi-enterrées et des cavités plus profondes entièrement creusées. L’accès aux tunnels se faisait par des trappes soigneusement camouflées. Les tunnels ont été utilisés par les combattants du FNL (Front national de libération du Sud Viêt Nam) aussi appelés Viêt Cong en tant que cachettes durant les combats, de voies de communication, d’approvisionnement, d’hôpitaux, de réserves de nourriture, d’armurerie, etc. Au plus fort de la guerre, ils abritaient 16 000 personnes.

Ils furent déclarés par l’État-Major américain comme « zone overkill », mais toutes les tentatives armées pour les neutraliser ont échoué et aucune technique mise en œuvre ne viendra à bout de ce réseau : bombardements, gaz, utilisation de chiens, etc. Le rôle des tunnels dans l’avantage stratégique militaire du FNL et sa victoire n’est pas négligeable. La guerre qui a opposé Américains et Viêt Cong s’est déroulée sur deux stratégies militaires différentes. Les Viet Cong menaient une guérilla d’usure et de « retardement », dont les troupes étaient composées par des paysans connaissant parfaitement le terrain. De leur côté, les Américains menaient une guerre traditionnelle, ils étaient donc préparés à être confrontés à des troupes qui se déploieraient de manière conventionnelle. Les moyens mis en œuvre furent démesurés et inadaptés à la situation. Le but des troupes Viêt Cong, n’était pas forcément de tuer, ils voulaient retarder les avancées des troupes ennemies. En posant des pièges rudimentaires mais efficaces. Le but était d’obliger les troupes ennemies à s’occuper des blessés et être ainsi retardés dans la poursuite des combattant Viet. Lors de la visite, le guide nous présente ces différents pièges inventifs qui donnent froid dans le dos.

C’est aussi l’occasion de rentrer dans les tunnels par des trappes minuscules et de ramper dans les galeries étroites d’une salle à l’autre. On apprend de nombreuses astuces que les Viêt Cong utilisaient pour mettre en déroute les américains comme le port des vêtements américains pour tromper les chiens ou encore des semelles de chaussures inversées pour indiquer la mauvaise direction. L’entrée des tunnels étaient totalement indétectable et indiquée par un code complexe aux troupes Viêt Cong; les sorties d’air quant à elles, étaient cachée à l’intérieur des termitières.

La visite est intéressante mais il ne faut cependant pas s’attendre à être seul dans les tunnels, des dizaines de bus touristiques arrivent ici chaque jour mais le flux est plutôt bien géré. En plus, avec le coronavirus, la plupart des touristes asiatiques ont disparu de la circulation. Si l’on dispose de son propre moyen de locomotion il est possible de se rendre dans une autre partie des tunnels beaucoup moins fréquentée.

Le musée de la guerre

De retour à Ho Chi Minh, nous partons ensemble visiter le difficile musée de la guerre, histoire de bien finir notre tour de la guerre du Vietnam. Ici rien de ludique, les quatre niveaux exposent, via des photos, des chiffres et des témoignages, les atrocités de la guerre et ses conséquences passées et actuelles. Sans en présenter les détails, la visite est terrible et des larmes d’horreur coulent sur nos joues devant tant de déchainement de violence et d’acharnements fous, de transgression de l’ensemble des lois de la guerre de l’armée américaine sur un peuple luttant pour son indépendance. Les photos des morts et blessés de bombardements, de mines ou de l’agent Orange (terrible gaz déversé par milliers de tonnes sur l’ensemble du pays), mais encore les reportages des gens qui aujourd’hui en souffrent (mines, malformations sur les enfants dont les parents ont été atteint par l’agent orange, etc.) nous retournent les tripes. Sans parler de la reconstitution de la prison et des salles de torture.

Astuce visite : L’accès au musée de la guerre coûte 40 000 VND par personne. Si vous voulez tout lire, compter au moins 3 heures.

Au cours de ce voyage nous découvrons ce que l’homme peut faire de meilleurs en termes d’art, de traditions ou d’architecture mais nous apprenons aussi ce qu’il a fait de pire soit envers sa propre espèce ou envers la mère nature. Nous ne passons pas à côté, nous nous l’interdisons, car comme c’est souvent dit, apprendre ces horreurs puis diffuser ce savoir terrible permet de limiter leur reproduction.

Notre séjour à Ho Chi Minh City s’arrête ici, demain nous partons pour les marchés flottants de Can Tho sur le delta du Mékong. Nous avons apprécié nos moments passés dans cette grande ville dont les musées sont chargés d’histoire ainsi que son ambiance urbaine à la fois dynamique et agréable.

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