Da Lat, le potager du pays

Après deux semaines de repos dans la paisible ville de Hoi An, nous repartons requinqués à l’aventure du Sud du Vietnam. Ne souhaitant pas visiter de station balnéaire nous sautons Nha Trang et Mui Ne pour arriver à Da Lat, surnommée la ville du printemps éternel et connue pour sa douceur de vie, son architecture et ses beaux paysages vallonnées aux forêts de pins.

Mais avant tout voici le sommaire de cet article :

Arrivée à Da Lat

De Hoi An, nous prenons un premier bus de nuit pour Nha Trang. Arrivés dans la nuit dans cette station balnéaire, après quelques heures d’attente, nous enchaînons avec un minivan pour Da Lat. Un long trajet dont nous sortons vannés et affamés. Le temps de déposer nos affaires à notre auberge confortable, nous trouvons un petit restaurant pour nous requinquer.

Astuce transport : La compagnie Sinh Tourist assure un bus de nuit de Hoi An-Nha Trang puis un minivan de Nha Trang-Da Lat pour 498 000 VND par personne, attention ces prix correspondent à la fin de la période du Têt. Service toujours de qualité avec cette compagnie.

Astuce logement : À 1 km du centre, la Gia Phan Guesthouse propose des chambres doubles avec sdb privée et petit déjeuner pour 210 000 VND.

La ville de Da Lat fut érigée par les français sous l’ère coloniale. À quelques heures de Ho Chi Minh, les riches colons venaient y chercher la fraîcheur des montagnes. Surnommée ville du printemps éternelle, elle est construite dans le style moderniste purement occidental. Aujourd’hui encore, on retrouve de nombreux bâtiments emblématiques de ce mouvement, par exemple la gare, les palais du roi ou encore l’église de la ville. Au départ des français, ce sont les riches vietnamiens qui leurs succèdent.

Nous avons beaucoup déambulé dans la ville et malgré sa bonne réputation, nous ne l’avons pas trouvée si agréable. Il n’y a pas de centre piéton avec de petites rues, ce sont seulement de grands axes fréquentés, il est difficile de s’abstraire de cette circulation urbaine. Par exemple, au centre de la ville, une promenade autour du lac de l’épée pourrait être bien sympa mais une large route entoure le bassin. Il y a seulement une bande d’herbe de 5 à 10 m entre l’eau et la route et il n’y a pas beaucoup d’arbres. Bref, difficile pour nous d’apprécier l’ambiance de Da Lat, peut-être aussi à cause des 2 semaines passées dans la merveilleuse ville d’Hoi An.

De la crazy House au Palais Dinh Bai Dai 3

À deux pas de notre auberge, nous allons visiter la fameuse Crazy House, maison farfelue d’une célèbre architecte vietnamienne, Đặng Việt Nga. En franchissant la porte du jardin, on pénètre dans un univers totalement décalé. Difficilement descriptible, on visite des maisons aux arbres biscornues, pourvus de chambres aux formes courbes et aux décors surprenants, inspirés de la nature. Il y a des dizaines de passages et d’escaliers, des terrasses et des mini-jardins, des sculptures et une végétation foisonnante. Rien n’est droit et tout est sculpté selon les formes de la nature voulue par son architecte. Pour nous, ça ressemble à un décor de Disney aux couleurs pétantes, on se croirait dans Alice aux pays des merveilles.

Astuce visite : L’accès à la Crazy House coûte 60 000 VND par personne.

Dans une des salles de ce palais on peut lire de nombreux plans à la main des projets de l’architecte lorsqu’elle était au service de l’Etat vietnamien. Opposition totale entre le style strict aux lignes franches de l’architecture « socialiste » et celle de cette maison. Nous découvrons également les plans de la Crazy House et derrière les fantaisies de ces décors imaginaires, de redoutables calculs de structures porteuses aux poutres et aux piliers penchés. Sans être adepte du « style » il est plaisant de découvrir cette maison et de constater qu’il est possible de tout construire !

Dans un mouvement radicalement opposé nous visitons le palais Dinh Bai Dai 3 commandé par le dernier empereur du Vietnam, le roi Bao Dai et construit de 1933 à 1938. Dans le courant occidental du modernisme, on identifie des références évidentes à la villa Cavrois de Robert Mallet-Stevens construite en France quelques années plus tôt, tant par la volumétrie que par les couleurs. Perchée sur une des collines dans les hauteurs de la ville, au milieu d’un parc fleuri, elle nous rappelle nos cours d’archi ! La visite est rapide, les volumes sont simples, pas de modénature, mobiliers et décorations des plus épurés, conformes à la pensée hygiéniste. La balade dans les jardins à l’arrière est agréable, une visite somme toute intéressante pour les amoureux d’architecture.

Astuce visite : L’accès au Palais Dinh Bai Dai coûte 30 000 VND par personne.

Randonnée pour Lang Biang

Aujourd’hui nous décidons de partir randonner dans les alentours de Da Lat. La ville est construite au milieu d’un territoire vallonné connu pour ses forêts de pins, ses beaux paysages ainsi que pour ses cultures de fraises, de fleurs et de thés. En face du marché nous prenons un bus pour le petit parc naturel de Lang Biang. Situé à 30 minutes de route, il s’agit de la plus haute colline des environs, recouverte d’une belle forêt de pins et dont le sommet offre une vue spectaculaire sur les collines environnante. Après nos deux semaines de repos à Hoi An, nous n’attendions que d’aller nous décrasser les jambes et les poumons ! Cependant le trajet en bus nous fait vite déchanter sur la «beauté présumée » des environs de Da Lat. Nous constatons tristement que la culture traditionnelle des fraises et des fleurs à depuis longtemps laissée place à la culture intensive sous serre pour satisfaire la demande du pays. Ainsi, le moindre espace de terre à peu près plate est recouvert d’immenses serres blanches et d’énormes chantiers de terrassement pour les futures serres grignotent, à coup de bulldozers, les sommets des collines.

Astuce transport : Pour rejoindre l’entrée du parc de Lang Biang en bus, il faut attendre en haut du marché et demander le numéro du bus pour Lang Biang, il s’agit d’un bus de la compagnie Futa qui passe toutes les demi-heures et qui coûte 16 000 VND le trajet par personne. Le contrôleur donne les horaires de retour.

Nous débarquons à quelques pas de l’entrée du parc, accompagnés d’une coréenne et d’une indienne rencontrées dans le bus. Il y a deux options qui se présentent maintenant à nous : franchir l’entrée principale du parc, une énorme arche et payer l’accès. Cette entrée ouvre sur la route bitumée qui monte jusqu’à une ancienne base radar. Cette montée peut se faire à pied ou en jeep payante. Au deux tiers de la montée, il faudra demander à descendre du véhicule pour accéder au chemin qui monte au sommet de la colline de Lang Biang. La deuxième option est d’emprunter la petite route en terre à droite de l’arche qui grimpe à travers les champs puis traverser la forêt de pins pour terminer au début du chemin pour le sommet. Ce deuxième chemin a le net avantage de ne pas être payant et d’être en pleine nature sans l’option jeeps bruyantes et polluantes. À pied ce premier tronçon représente 2,5 km et 350 mètres de dénivelé et le deuxième jusqu’au sommet, 3 km et 400 mètres de dénivelé, soit un total aller-retour de 11 km et 750 mètres de dénivelé positif et négatif. On a donc choisi l’option « petit chemin ».

Nous serpentons entre les serres de fleurs avant de pénétrer dans la forêt de hauts pins et commencer la grimpette. Nous sommes seuls et malgré le fort dénivelé la balade est agréable. La prise de hauteur nous confirme que l’ensemble du territoire cultivable a malheureusement été conquis par les serres.

Nous arrivons au deuxième tronçon où la forêt, plus en altitude, se transforme pour laisser place à une végétation moins haute mais plus dense. Le chemin aussi évolue d’un large passage à un escalier abrupt aux marches approximatives. Après deux bonnes heures d’effort nous arrivons finalement au sommet, cependant le temps n’est pas avec nous, nous sommes complètement dans la brume, et malgré l’attente aucune vue ne se présente.

Après un rapide pique-nique nous prenons le chemin du retour par le même itinéraire. On peut vous dire que cette montée-descente nous aura sérieusement réchauffés les muscles des jambes, courbatures garanties pour le lendemain ! Même si nous sommes un peu déçus de ne pas avoir eu la vue espérée au sommet, ça fait du bien de se décrasser les muscles, nous rentrons fatigués dans notre petit hôtel.

Des champs de thé à la pagode Linh Phuoc

Depuis que nous sommes en Asie nous buvons énormément de thé vert mais nous ne connaissons toujours pas la manière dont il est produit ! La région de Da Lat nous offre l’occasion d’en apprendre un peu plus sur la production de ce précieux breuvage. Les champs de thé de Cau Dat sont situés à une trentaine de kilomètres de la ville nous louons donc un scooter à notre auberge pour les rejoindre. Au bout de 15 kilomètres nous quittons enfin l’urbanisation pour une route sinuant entre petites forêts et vues plongeantes sur les champs de café et de thé. Nous arrivons au parking de la plantation dont l’accès est gratuit.

Astuce location : : Nous avons loué notre scooter semi-automatique pour 100 000 VND la journée, état moyen.

Les touristes sont libres de déambuler dans les champs de thé, il s’agit de rangées serrées de petits buissons aux feuilles d’un vert pétard qui courent de colline en colline. C’est plutôt photogénique, surtout quand le vent vient, par vagues, bruissé toutes les petites feuilles, on se croirait dans un Miyazaki. On croise quelques ouvriers au travail, ils taillent les buissons en récoltant les précieuses feuilles pour ensuite les faire sécher et créer le fameux thé vert.

Nous visitons la vaste propriété avant de faire quelques emplettes à la boutique. Il y a plusieurs types de thé dont le délicieux thé au jasmin pour lequel nous craquons.

Sur le retour nous nous arrêtons à pagode Linh Phuoc, connue pour sa particularité d’être entièrement recouverte de mosaïques provenant de matériaux recyclés comme des tessons de bouteilles ou de poteries. Effectivement elle est plutôt impressionnante, surtout dans les détails. Cependant le site est très mal aménagé, avec le commerce et la vente de souvenirs en priorité. Les voitures et scooters arrivent directement au pied de la tour, nous sommes loin d’un lieu paisible de culte. Nous en repartons rapidement.

De la soie aux abeilles

Deuxième virée en scooter, nous roulons à l’ouest de la ville, dans un territoire préservé de la culture intensive sous serre. Après une route sinueuse de montagne, nous traversons un petit village, où, du coin de l’œil nous apercevons une pancarte indiquant une ferme d’abeilles. Curieux nous nous arrêtons. Suivant la gérante nous pénétrons dans un magnifique jardin fleuri où séjourne une trentaine de ruches, c’est trop beau ! La jeune femme nous ouvre gentiment une ruche pour nous expliquer comment est produit le miel. Nous avons même la chance de voir la reine de la colonie, bien plus grosse que ses congénères. Suit une dégustation de deux miels : un traditionnel produit par les abeilles avec le pollen des diverses fleurs du jardin et un spécifique provenant de ruches installées dans les champs de café dont le goût est vraiment particulier. Nous repartons avec un pot de chaque, super découverte !

Un peu plus loin sur la même route nous atteignons notre premier objectif, une usine de soie. Ici rien de touristiquement organisé, c’est notre hôte qui nous l’avait indiqué. Il s’agit d’une grosse usine où l’on produit du fil de soie à partir des cocons produits et récoltés par les éleveurs des environs. Au Laos nous avons eu la chance d’assister à la teinture ou au tissage de la soie mais jamais à cette partie du processus. Pour 10 000 VND, nous avons droit de faire le tour de l’usine seuls sans déranger les employés en plein travail. Premier stop nous voyons justement un éleveur amener des énormes ballots remplis de cocons où la larve de papillon est encore vivante à l’intérieur ! Les cocons sont pesés puis répartis dans de grands plateaux en osier. Le moment triste de l’histoire, les cocons passent à la bouilloire de taille industrielle ! snif ! Rappelons que pour obtenir une soie fine et de qualité il est nécessaire de tuer la larve avant qu’elle ne déchire le précieux cocon. L’eau chaude vient détruire les sucs qui collaient les fils microscopiques les uns aux autres, il est maintenant possible de dérouler ces cocons.

Ceux-ci passent à l’étape suivante, ils circulent le long « d’enrouleuses » gérées par les ouvrières attentives. Ces dernières récupèrent le premier fils du cocon et l’accrochent à l’enrouleuse qui va automatiquement débobiner tout le cocon. Quand le cocon est fini, l’enrouleuse s’arrête automatiquement laissant pendant la fin du fil de soie jusqu’à ce qu’une des femmes vienne faire un nœud minuscule avec le début du prochain cocon, et ainsi de suite. Le fils est tellement fin qu’il est quasiment invisible, ces femmes ont des véritables yeux de lynx ! Une fois un rouleau de fil complet, l’enrouleuse s’arrête pour qu’un manutentionnaire vienne le retirer. Les rouleaux sont alors mis en brochettes de 10 et leur précieux fil est déroulé sur de larges porteurs en bois. Ces porteurs sont alors emboîtés sur un moteur tournant proche d’un chauffage afin de sécher les fils de soie. Les paquets de fils sont enfin retirer des porteurs et empaqueter.

C’est vraiment super intéressant de découvrir cette partie du processus de la soie, par contre le bruit et la chaleur sont insoutenables et le boulot est loin d’être de tout repos. Après ce petit tour nous repartons en scooter vers la pagode Linh An à deux pas.

De la pagode Linh An au lac Tuyen

À la base, nous ne savions pas qu’une immense pagode se tenait ici, nous venions voir la cascade des Éléphant ou Elephant Waterfall. Quelle déception ! Cette cascade naît de la rivière Cam Ly qui traverse le village de Nam Ban avant de se jeter d’une petite falaise. Nous arrivons par le haut de la cascade, il faut donc descendre quelques escaliers avant de la voir. À notre arrivée, une odeur horrible nous attaque le nez, sans savoir d’où cela vient nous continuons à descendre les escaliers. L’odeur devient de plus en plus forte, chimique. En arrivant devant la cascade, on comprend d’où cela vient. C’est une déchetterie, l’eau est mousseuse et nauséabonde charriant divers détritus et eaux usées relâchées par le village. Nous faisons vite demi-tour. L’entrée de la cascade n’est pas donnée, il pourrait se servir de cet argent pour nettoyer le site et sensibiliser la population !

Astuce visite : L’accès à la cascade coûte 20 000 VND par personne.

La chose imprévue et bienvenue à ce moment là est la découverte de la pagode Linh An, érigée juste en face de la cascade. Y est construit, face au paysage vallonné, la plus grande statue de la Déesse Quan Am en Asie du sud est. Son intérieur est vide et nous en gravissons les nombreuses marches jusqu’au sommet où de petites fenêtres offrent de beaux points de vues sur la cascade (plus belle d’ici) et la région. En dehors de cette immense construction l’ensemble monastique est intéressant avec ses jardins paisibles où il fait bon de s’y arrêter quelques instants.

Nous reprenons une dernière fois la moto pour nous rendre au lac Tuyen sur les hauteurs de la ville de Da Lat. Au vu de l’aménagement de lac de l’Epée, nous craignons un peu celui-ci. Arrivés sur place c’est une belle surprise, il est quasiment vierge de construction. Nous parcourons la route qui le longe sur un des côtés. Seules quelques énormes villas viennent percer la forêt de pins qui encercle les belles eaux du lac. Nous avions repéré une petite rando pour monter sur une des collines afin d’avoir une vue dégagée sur les eaux mais il est trop tard, le soleil se couche dans à peine une petite heure. Il y a également la Truc Lam Zen pagoda qui a l’air top mais elle a fermé à 17h, pas grave, nous rentrons tranquillement à notre auberge. Sur la route, nous achetons quelques fraises de Da Lat, célèbre dans le pays, mais hélas pour nous les vietnamiens en raffolent quand elles sont croquantes alors que nous on les préfère juteuses et bien mûres !

Notre séjour à Da Lat s’arrête ici après 3 jours à visiter la ville et sa région. Nous avons apprécié ici la diversité des activités à découvrir surtout les champs de thé, la production de soie et les abeilles ! Nous nous attendions à de beaux paysages vallonnés et naturels à l’image de ceux du nord du pays, du coup petite déception de ce côté-là. Nous embarquons maintenant dans un bus de nuit vers la grande ville d’Ho Chi Minh.

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