Volontariat à la Comunidade das Formigas

On désirait vraiment faire un volontariat au Brésil et si possible dans la construction. Nos objectifs sont multiples, nous voulons apprendre de nouvelles manières de faire en travaillant de nos mains mais aussi vivre avec les brésiliens pour comprendre plus en profondeur la culture de ce pays. C’est également l’occasion d’apprendre les bases du portugais !

Du coup nous nous sommes inscrits sur Workaway, un site de volontariat. Le principe est d’échanger des heures de travail contre le gite et le couvert. Nous envoyons des demandes de volontariat à quelques hôtes situés sur la côte entre Fortaleza et Salvador et c’est finalement Gustavo et Guilherme de la Comunidade das Formigas qui nous acceptent pour trois semaines. Ils habitent à Pium, un petit village en pleine nature à 45 minutes de Natal. Au programme : mosaïque, travail dans les champs et visites des environs.

Avant tout voici un petit sommaire de l’article pour mieux vous y retrouver :

Présentation de la Comunidade das Formigas

La Comunidade das Formigas est en fait un éco-village construit autour d’une agroforêt créé par les deux frères Gustavo et Guilherme. Après un petit trajet dans la deux-chevaux verte légèrement déglingué de Gustavo, nous découvrons notre lieu de vie pour les trois prochaines semaines.

Une première maison en adobe se dévoile sous nos yeux dont la forme est un peu semblable à une cacahuète, colorée dans une teinte de jaune. Elle se découpe en deux logements, l’un pour Guilherme et l’autre pour Isabel, la troisième habitante de l’éco-village. Sa toiture terrasse avec comme acrotère des bouteilles, offre une belle vue sur Natal, l’océan et en prime l’option sunset tous les soirs si on le souhaite ! Une deuxième maison en forme de tipi se dresse non loin de la première. Il s’agit de celle de Gustavo. Elle est toute rose et à l’intérieur elle présente une magnifique hauteur sous plafond.

Un peu plus loin, en extérieur mais couverte, la cuisine commune rassemble tables et bancs afin de se réunir tous ensemble pour se détendre, cuisiner, jouer ou discuter. Il y a ensuite plus bas sur le terrain une douche à ciel ouvert pour les volontaires. Pour le pipi c’est dans le jardin et pour plus c’est en plein milieu de la plantation que se dresse une cabane renfermant les toilettes sèches. La vue est sympa mais dès que la nuit tombe l’envie d’aller aux toilettes reste moins forte que la peur des insectes et du noir, grosse commission obligatoire en journée !

Enfin pour dormir, nous disposons d’une tente au fond du jardin. La première semaine se fera en cohabitation serrée sur un matelas une place, cohabitation qui ne sera pas toujours simple au vu de la chaleur étouffante ! La deuxième semaine ont gagnera un matelas supplémentaire ce qui multipliera par mille notre confort relatif !

Pendant la première semaine nous serons avec un autre volontaire, Nicolas, un baroudeur italien qui voyage depuis 9 ans et qui dégage une énergie de dingue, bref good vibes assurées ! Isabel, la troisième habitante installée dans l’éco-village depuis un mois est extrêmement gentille et ouverte, ce qui nous permet de nous détendre au bout de quelques jours. Guilherme étant en vacance dans le sud du pays, nous le rencontrerons que les deux derniers jours de notre séjour. C’est donc Gustavo qui nous guidera pendant ces trois semaines. C’est une force positive qui bosse comme un fou pour développer son projet. Bref nous sommes bien installés et bien entourés !

La mentalité de la Comunidade

Gustavo nous explique les piliers de leur projet commencé il y a 3 ans. Le premier est de développer l’agroforêt qui produit 70% de leur nourriture, l’objectif étant à terme d’être autosuffisant. Nous reviendrons sur l’agroforêt un peu plus bas dans l’article. Le deuxième pilier est l’échange. Toute personne désirant venir à la Comunidade doit participer à la cueillette, au travail de la terre ou encore aux tâches collectives afin de pouvoir manger tous ensemble les produits fournis par l’agroforêt. Le troisième est d’agrandir l’éco-village en construisant d’autres maisons en adobe pour de futurs habitants. La construction des premières maisons fut relativement rapide, beaucoup de volontaires y ont participé. Plus de quarante personnes sont déjà venues prêter main forte !

Sinon c’est la joie et la bonne humeur qui anime au quotidien les membres de la Comunidade. Il n’y a pas de prises de tête possible, bon séjour assuré !

Passons maintenant à notre travail !

La création de mosaïque

Notre premier travail pendant ce volontariat se concentrera essentiellement sur la création d’un parterre de mosaïque à base de matos de récupération. Les maisons constituant l’éco-village ayant déjà été finies, notre mission est de récupérer les carreaux restants des salles de bains intérieures pour les éclater et en faire un cheminement entre les maisons. La quantité étant limitée, nous avons pu faire qu’un petit morceau mais nous y avons prit énormément de plaisir. Nous n’avons pas pu nous empêcher d’intégrer une planète !

Notre travail dans l'agroforêt

Le principe même de la Comunidade das Formigas est de vivre en autosuffisance grâce à la culture du sol. Pour cela Gustavo et Guilherme ont petit à petit développé depuis 3 ans une agroforêt. Grâce à cela ils récoltent actuellement assez de nourriture pour constituer 70% de leur alimentation. Pendant la moitié de notre séjour nous avons participé à l’entretien et au développement de cette agroforêt : c’est un travail rude mais enrichissant ! On vous explique ça mais avant un petit point sur ce qu’est l’agroforesterie.

L'agroforesterie kesako ?

Bon ce n’est pas en 3 petites semaines que l’on est devenu expert en la matière ! Cependant avec les explications de Gustavo et quelques recherches on a bien compris le principe général. En opposition à l’agriculture intensive qui cultive un seul type de plante sur des kilomètres carrés, l’agroforesterie mixte différentes plantes sur une même parcelle, arbres fruitiers comme légumes. Les objectifs sont multiples mais les trois principaux sont les suivants :

  • Augmenter la productivité de chacune des espèces d’arbres et d’herbacés (légumes).
  • Augmenter la biodiversité végétale et animale.
  • Enrichir et limiter l’érosion des sols.

Le principe est de combiner justement les forces et les faiblesses de chaque type de plantation et de réfléchir le tout en termes de cycles continus.

Par exemple, il est judicieux de planter du maïs et des haricots ensemble. Le maïs pousse très vite et est très résistant, c’est une plante de moyenne hauteur qui a besoin de beaucoup de soleil et assez peu d’eau. Au contraire les plants de haricots sont rampants et invasifs, ils mettent plus de temps à se développer et poussent mieux s’ils sont protégés du soleil avec plus d’eau. Ainsi, en premier le maïs pousse haut et vite protégeant les plans de haricots du soleil. Au bout de quelques mois les épis de maïs sont récoltés sans toute fois arracher les pieds qui ne produiront plus. En effet à ce moment là les plans de haricots sont en plein développement et vont envahir les tiges de maïs en s’y accrochant, augmentant ainsi la surface de production. On récoltera les premiers haricots quelques semaines plus tard. Nous constatons ici la complémentarité de certaines plantes.

L’agroforesterie c’est cet exemple multiplié par dix ! On mixte les arbres et les différents herbacés en entremêlant les cycles de développement de ces espèces. L’objectif final est d’obtenir un vaste verger alternant une dizaine d’espèces d’arbres fruitiers persistants et une dizaine d’herbacés différents renouvelés avec les saisons (légumes, racines…).

Une agroforêt s’organise en secteur, unité de végétation productive indépendante disposant de son propre système d’irrigation. Les secteurs sont eux même constitués de rangs d’arbres et d’herbacés. En moyenne, il y a un rang d’arbre pour trois rangs d’herbacés permettant une bonne répartition des apports de soleil et d’eau.

Comme nous l’expliquait Gustavo, il faut définir le résultat à long terme (10 ans minimum) et planter dans cet objectif des cycles successifs de végétaux, d’abord des arbres qui poussent vite et haut (bananier ou papayer) qui protégerons d’autres arbres ayant des cycles de développement de 5 à 10 ans (cajou), on supprimera les premiers lors du développement des deuxièmes.

Il faut également réfléchir en fonction de la hauteur des végétaux. Par exemple, Gustavo classait les arbres en quatre catégories : petit, moyen, haut, très haut. Lors de la constitution d’un rang d’arbre, Gustavo alterne les plants de différentes hauteurs. Par la nature même des végétaux les petits ont besoin d’être protégés du soleil contrairement aux grands, ils sont ainsi complémentaires. Il en est de même pour les herbacés, on plante des plants de concombres ou de courges rampants au pied des plants de tomates qui montent à 2 mètres environ.

En agroforesterie, contrairement à l’agriculture intensive, le nombre de plantes au m2 est divisé par deux voir trois, la production au m2 est pourtant seulement diminuée que de 30 à 40% ce qui veut dire qu’un plant de tomate en agroforesterie produira bien plus qu’un plant de tomate en agriculture intensive. En plus de cela c’est plusieurs espèces qui sont produites sur la même surface. Que des avantages vous nous direz… et pourtant aujourd’hui l’agriculture intensive représente plus de 90% de la culture mondiale.

En effet cette dernière est gagnante en plantant bien plus de semences augmentant la productivité au m2 et non au plant. Peu importe vu que la semence est peu chère. De plus, un type de culture permet un entretien et une récolte simplifiée, le coup de main d’œuvre est grandement réduit. (Vous verrez par la suite que l’entretien de parcelle d’agroforesterie est laborieux !). Enfin on ne résonne que sur un unique cycle : on laboure la terre, on plante, on laisse pousser, on récolte, on arrache et on recommence. En agroforesterie plusieurs cycles de végétaux sont entrelacés ce n’est pas si simple !

L’agriculture intensive appauvrie les sols et la biodiversité, surtout s’il s’agit d’OGM ou qu’il y a une forte utilisation de pesticides. Les légumes et fruits produits présentent donc un plus faible apport énergétique, ce qui sera un problème à moyen terme pour les populations.

Vous l’avez maintenant compris nous sommes devenus des défenseurs d’un mode de culture plus responsable !

L'agroforêt de la Comunidade das Formigas

Gustavo et Guilherme travaillent depuis 3 ans au développement de leur agroforêt qui s’étend maintenant sur 1 hectare en pente. La première étape a été d’installer un système d’irrigation performant alimenté par un immense bassin récupérateur d’eau de pluie. Ils élèvent aussi des poissons dans ce bassin en vu de les manger.

La problématique principale du terrain à leur arrivée est qu’il est entièrement sablonneux avec peu de végétation. La première année, ils ont du faire venir des dizaines de camions de végétaux coupés pour créer les prémices d’un sol cultivable. Ils ont ensuite planté des herbes grasses et des arbres produisant du feuillage très rapidement. En les coupant régulièrement ils ont produit une grande quantité de matière végétale pour continuer à enrichir le sol. Le sol est également mixé avec des excréments de poule du poulailler qu’ils ont construit.

Au fur et mesure, ils ont commencé à planter arbres et herbacés pour constituer différents secteurs. Ils sont aujourd’hui au nombre de 4 qui produisent fruits et légumes en quantité suffisante pour fournir 70% la nourriture quotidienne à 6 personnes environ. On y retrouve aussi du thé et des salades. La diversité de production est impressionnante : bananes, papayes, mangues, mangabas, cajoux, macaxeira, tomates, pomme de terre, patate douce, carotte, concombre, courge, courgette, haricot, maïs, etc.

Notre travail dans les champs

Passons maintenant aux choses sérieuses : notre travail dans l’agroforêt ! Nous sommes arrivés au moment où une majorité de cycles de production se terminaient dans les secteurs 1 et 2. Notre objectif au côté de Gustavo était donc de tout enlever, de nourrir la terre, de la labourer et de replanter … rien que ça ! Tout cela, sans aucun engin électrique, ça serait trop facile !

La première étape a donc été d’arracher l’ensemble de la végétation de la zone à l’aide d’une houe. Il s’agit d’un mélange de hautes herbes et de plants de légumes qui ont fini de produire. Ce travail est physique en plein soleil, heureusement nous travaillons aux heures les plus fraiches : 7h-10h et 15h-17h. Le travail laisse nos corps de sédentaires bien courbaturés avec de belles ampoules sur les mains. En même temps ça fait du bien le travail physique, ça nous remets en forme !

Après avoir tout arraché on répartit sur toute la surface de la fiente de poules, c’est bien moins physique mais l’odeur est sympa ! Il faut ensuite labourer l’ensemble de la surface, c’est à dire retourner la terre et reconstituer les lignes de plantation. Espoir : Gustavo a emprunté la machine à labourer de son voisin ! Hélas elle n’a jamais démarré du coup on a tout fait à la force de nos petits bras ! On peut vous assurer qu’on dormait bien la nuit !

Pour éviter que la mauvaise herbe envahisse les futures plantations on répartit sur l’ensemble de la terre des végétaux coupés pour que la lumière n’atteigne pas le sol.

Enfin arrive le temps de planter, c’est un moment plaisant ! On constate surtout la diversité de culture que permet l’agroforesterie. En effet sur une même parcelle on plante une dizaine d’espèces d’herbacés répartis stratégiquement : macaxeira, maïs, papaye, haricot, courges, courgettes, etc.

On a de la chance il pleut beaucoup lors de nos derniers jours à la Comunidade et on voit sortir de terre les premières feuilles des légumes plantés ! C’est une belle récompense pour notre dur labeur que nous offre la nature !

Finalement ce volontariat au champ était épuisant mais vraiment enrichissant ! On a appris beaucoup, on a constaté que d’autres modèles de culture bien plus responsables existent et sont performants ! C’était génial de travailler avec un Gustavo passionné qui prenait le temps de nous expliquer tout en détails. Bref de bons moments mais on sait aussi que l’on ne deviendra pas agriculteur !

La visite de la région

Ne travaillant que 4 jours par semaine on a pu profiter de nos 3 week-ends de 3 jours pour découvrir les environs.

Natal et Ponta Negra

Le premier week-end on a visité en un jour le centre de Natal la grosse métropole à 45 minutes de la Comunidade. Isabel travaillant dans le centre nous y a déposé tôt le matin. Le centre ne casse pas trois pattes à un canard, il n’y a pas de bâtiments historiques à proprement parlé. On fait vite le tour et on trouve un petit café super sympa où l’on se dispute une dizaine de parties de cartes ! On file ensuite sur le bord de mer pour profiter des belles plages de la ville où se côtoient pêcheurs et bronzeurs. On mange un excellent poisson mariné et, sur les conseils d’Isabel, nous rejoignons ensuite Ponta Negra une commune balnéaire à 30 minutes en bus. La plage y est également magnifique avec son eau à 29°C. On fini l’après-midi sur un bol d’açai, le goûter favori des brésiliens ! Il s’agit d’une glace d’açai, une baie trés répandue en Amazonie sur laquelle on rajoute des bananes et du granola. C’est un régal et en plus l’açai est super bon pour la santé alors pas de scrupule !

La lagoa de Estrada et la plage de Cotovelo

La Comunidade das Formigas était plutôt bien située pour les plaisirs aquatiques, on en a donc bien profité. À une demi-heure à pied nous partions régulièrement nous détendre à la lagoa de Estrada, un grand lac où il était très agréable de se baigner. Nous allions sur la plage devant le restaurant du gite d’amis à Gustavo et Isabel où l’on y dégustait (encore) des bons bols d’açai !

A une petite heure à pied en traversant la forêt on atteignait la plage de Cotovelo. Fréquentée principalement par des surfeurs, on y était bien tranquille.

Village balnéaire de Pipa

Arrive le dernier week-end, après 3 semaines de tente, de caca dans la nature et de douches froides, on rêvait littéralement d’un bon lit dans une pousada confortable ! C’est pourquoi nous voilà parti pour deux jours à Pipa, un petit village coloré très touristique juché sur de hautes falaises au dessus de belles plages de sable fin. On prend un bus de 2h30 et on se retrouve les pieds dans le sable. Il fait un temps magnifique, on se détend et on profite de la plage. Ensuite après une bonne douche chaude à notre pousada, on flâne dans le village en visitant quelques boutiques d’artisanat. On finit la soirée en partageant une caipirinha autour d’une bonne pizza ! Le village est très vivant la nuit, on en profite un peu en passant par le marché de nuit avant de rejoindre notre pousada et son lit bien douillet !

Nous commençons la deuxième journée par un copieux petit déjeuner avant de partir pour la plage. Cependant la pluie se mêle de la partie rendant la perspective de baignade moins agréable. On en profite donc pour faire une grande balade au pied des falaises escarpées avant de faire un petit plouf. Le temps ne s’améliorant pas on flâne encore un peu avant de prendre le bus du retour en début d’après-midi, un peu plus tôt que prévu.

Nous voilà au dernier jour de notre séjour à la Comunidade das Formigas. Guilherme le frère de Gustavo est revenu la veille, on partage seulement deux soirées et une journée avec lui mais ça a l’air d’être une personne super sympa ! Dernière lessive, dernier tour à la lagoa, dernier bol d’açai, on range nos affaires, c’est bon tout est prêt pour le départ du lendemain. On passe notre dernière soirée à jouer tous ensemble à un de nos jeux favoris qu’on leurs avait enseigné la veille : le Kaboom. L’ambiance est à la rigolade, on fini donc notre séjour dans la bonne humeur !

Après 3 semaines au milieu de la nature et le calme, on est maintenant prêt à découvrir au son des percussions la folie du Carnaval du Brésil d’abord à Olinda puis ensuite à Salvador !

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1 réflexion sur “Volontariat à la Comunidade das Formigas”

  1. C’est chouette de vous lire les copains ! Belle expérience que ce volontariat, de quoi s’extraire du grand bal du tourisme ! ça devait être génial
    Hâte de lire vos prochaines aventures, et bravo pour tous ces détails, la permaculture, c’est la vie !
    Des bisous

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