Sucre, la ville blanche

Chaque personne que nous croiserons durant notre tour de la Bolivie nous parlerons de façon récurrente de la belle, de l’apaisante, de la superbe ville de Sucre. C’est donc avec beaucoup d’interrogations et de curiosité que nous arriverons à la capitale constitutionnelle du pays ! Nous allons profiter de cette ville où il fait bon vivre avant d’entamer l’expédition glaciale du désert d’Uyuni. De plus cela fait 3 semaines que nous baragouinons en espagnol, il est tant de remédier à cela en prenant quelques heures de cours !

Mais avant tout voici le sommaire de cet article :

Une arrivée sportive à Sucre

Autant ce le dire, le trajet Sajama – Sucre n’est pas de tout repos. Nous partons à 6h du matin avec la seule camionnette de la journée à quitter le village. On s’est vraiment levés tôt pour ne pas la louper ! Il fait encore nuit, il n’y a aucune lumière dans le petit village, nous rejoignons la place principale sous un ciel étoilé comme il nous a jamais été donné de voir. Le froid est mordant, nous avons beau avoir mis toutes les couches de vêtements que nous possédions, nous gelons sur place. Après de longues minutes d’attente avec trois habitants et les quelques autres touristes, nous embarquons pour 3h de route vers Patacamaya. Une fois dans ce village construit au milieu de rien, nous prenons un deuxième colectivo pour Oruro, la grande ville la plus proche. Nous arrivons vers midi au terminal de la ville et c’est avec chance que nous sautons dans le seul bus partant en milieu de journée vers Sucre. Sinon il aurait fallu prendre un bus de nuit et passer l’après-midi dans la gare ! Par contre, c’est clairement un des pires bus que nous ayons vu depuis le début du voyage, sièges cassés, vitres qui vibrent tout le trajet comme dans une machine à laver, ceinture de sécurité inexistante, ambiance 80’s côté esthétique… En plus, une armée de boliviens débarque et remplit à raz le bord les soutes, tellement que l’on est obligé de prendre nos gros sacs avec nous, une première ! Mais même sans nos sacs il n’y a pas assez de place en soute pour un énorme écran plat de 2m par 1m qui sera finalement glissé entre deux rangées de fauteuils. Contre toute attente, le trajet se fait tranquillement sur une route sinueuse à travers les montagnes et les sites miniers. Nous débarquons enfin dans la capitale à la nuit tombée.

Astuce transport : Pour rejoindre Sucre de Sajama, prendre un premier colectivo à 6h sur la place du village pour Patacamaya, 3h, 35Bs ; puis un second de Patacamaya à Oruro, il y en a plein, bien demander d’aller au nouveau terminal de transport sinon il vous déposera à l’ancien et il faudra prendre un taxi, 2h, 15Bs ; de Oruro à Sucre, prendre soit un bus de nuit (plusieurs compagnies) soit le bus de 12h30, 8h, 40Bs.

Nous rejoignons en bus puis à pied l’hostel Condor B&B que nous avions réservé en avance. C’est une belle surprise qui nous attend, le lieu est vraiment agréable : chambre spacieuse avec literie de dingue et petits mobiliers d’aménagement, propre, donnant sur le jardin central où se situe une petite cuisine simple et efficace. C’est beau, c’est calme et convivial et la gérante est au top ! Après cette journée de transport nous sommes épuisés et c’est direct au dodo !

Quelques cours d’espagnol

Nous allons passer une petite semaine dans cette belle ville alors c’est l’occasion de prendre des cours d’espagnol afin de pouvoir enfin parler avec une bonne grammaire et conjugaison ! Deux français à Sajama nous avaient renseigné le contact d’une prof d’espagnol de la ville qui accepte de nous donner deux heures de cours par jour. Sucre est la ville de Bolivie où les cours sont les plus nombreux et les moins chers, il y a de nombreux profs indépendants qui donnent des cours particuliers.

Dès le lendemain de notre arrivée nous rencontrons Gabriel, notre prof de la semaine. Avec elle nous apprenons les grandes bases de la conjugaison et de la grammaire, nous n’avons pas le temps de développer le vocabulaire. Pas grave, nous avons encore 5 mois de pratique d’espagnol devant nous ! Ca a vraiment était un bon choix d’attendre 1 mois avant de prendre des cours car nous maitrisions déjà un peu de vocabulaire et certaines règles ce qui nous a permis de progresser très vite.

Afin de pratiquer au maximum pendant les cours, notre prof mettait en place de petits dialogues où nous devions lui expliquer certains points de la culture française, en retour elle nous apprenait aussi la culture bolivienne sur des questions de société. Ce fut donc une double formation et certaines choses nous ont particulièrement frappées, voici quelques anecdotes récoltées :

– Une femme doit avoir l’autorisation écrite de son mari pour conduire leur enfant en voiture.
– Avant une opération chirurgicale importante, le patient doit obtenir l’autorisation de tous les membres de sa famille pour pouvoir être opéré.
– Le permis de conduire s’achète après des « pseudo » leçons de conduite.
– Les chiens domestiques sont nourris mais laissés en liberté dans la ville, ils reviennent garder la maison le soir, les chiens sans propriétaire sont laissés en liberté (nous nous sommes rendu compte de l’horreur du système français à capturer chaque animal dans la rue et à l’euthanasier s’il ne trouve pas de propriétaire)
– L’université est extrêmement chère, il y a 3 paliers : l’équivalent Baccalauréat, la licence et le master. Le prix augmente à chaque niveau si bien qu’il y a très peu de haut diplômé en Bolivie.
– Les femmes enceintes doivent traditionnellement boire au moins une fois une soupe de narine de vache afin d’obtenir plus de lait, selon notre prof c’est absolument infecte.

Une ville où il fait bon vivre

En dehors des cours d’espagnol, nous avions nos après-midis pour visiter la ville. Comme nous le disait tous les voyageurs, il y fait particulièrement bon vivre. Déjà la météo est au rendez-vous avec un beau soleil en journée et des températures supportables pendant la nuit, ce qui est déjà exceptionnel en Bolivie. Et la ville est belle, toute peinte en blanc avec une architecture coloniale sur deux ou trois niveaux maximum : colonnades, palais avec cours intérieures arborées, jolies places et belles façades travaillées avec souvent des balcons en bois.

Nous avons donc pas mal flâné sur les places, dans le marché et les petites rues. Comme toujours la place principale (plaza 25 de mayo) est un lieu de vie incontournable de la ville où il est agréable de s’assoir sur un banc et observer la vie locale. Le parc Bolivar est également un incontournable de la capitale.

Le dimanche nous avons eu la chance de tomber sur un concours de danse andine organisée par la ville. C’était juste impressionnant, très rythmé et sportif avec des costumes aux milles couleurs !

Il faut se le dire, ce qui a grandement participer à un séjour mémorable à Sucre est notre hôtel et son jardin central, nous y avons rencontré des voyageurs comme nous avec qui il était plaisant de discuter au petit déjeuner ou lors du repas du soir. Le samedi soir a été l’occasion de faire une bonne soirée qui s’est fini au Kultur Berlin Cafe, une boite/hostal réputée pour ses soirées située à 5 min de notre hôtel. C’était pour nous l’occasion de pouvoir enfin danser, ce que nous n’avions pu faire depuis le Brésil ! Les boliviens sont clairement plus dans la retenue que les brésiliens, ce qui ne nous a pas empêché de bien nous amuser.

Un adieu à la cuisine du marché

Si vous avez bien suivi nos péripéties intestinales nous venons de nous remettre d’une turista foudroyante due à une intoxication alimentaire. Le traitement antibiotique s’est terminé depuis Sajama, ce qui nous a permis de retrouver une santé du tonnerre ! Cependant, cet épisode de turista combiné à déjà un mois de nourriture du marché bolivien constitue des hauts le cœur lorsqu’il s’agit de manger local. Notre dernière expérience de menu du jour bolivien a lieu à Sucre au marché devant une soupe constituée de pâtes bien trop fondantes et de coriandre bien trop présente qui nous a fait savoir qu’on ne pouvait juste plus manger ça. Une petite fille située juste en face d’Elodie ne voulait pas manger sa soupe mais maman veillait au grain, quand à Elodie, Micka n’a pas réussi à la forcer de finir son assiette faute de quoi elle aurait tout vomi sur ses genoux. C’est à base de restau beaucoup moins traditionnels que nous décidons que nous finirons la Bolivie, qui aura mis à mal nos estomacs de gringos.

Le musée Ethnographique et du folklore

Sur les conseils de notre professeure d’espagnol nous partons pour la visite du musée gratuit de l’Ethnographie et du Folklore. L’architecture du musée ne laisse pas indifférente avec ces deux cours centrales et ses couleurs vivent. On a envie d’y prendre un petit café au soleil. Les expositions permanentes et temporaires sont bien faites et bien documentées. Nous y découvrons de nombreux objets et vêtements utilisés pour les fêtes traditionnelles. Une dernière salle présente une exposition originale sur l’évolution de certains objets ou outils du quotidien sur le dernier siècle dans la société bolivienne, comme la monnaie, les véhicules, les marionnettes…

Le musée des arts indigènes

S’il y a un unique musée à visiter à Sucre c’est bien le musée des arts indigènes ou musée des tissus qui est tout simplement incroyable ! Le tissage est un savoir ancestral de la région qui continue aujourd’hui à se transmettre, à s’enrichir et se complexifier.Le musée expose et explique les techniques de fabrication des tissus les plus beaux et les plus réputés de Bolivie : ceux de J’alqa et de Tarabuco.

Les motifs des tissus j’alqa, à la symbolique extrêmement compliquée, se réfèrent aux mythes fondateurs de l’identité ethnique du groupe. Sur ces tissus, le figuratif est prédominant et il y a une absence quasi totale de géométries abstraites. Les dessins illustrent la naissance d’espèces animales bizarres qui s’entremêlent. Sur fond obscure, souvent rouge pourpre, les tisserandes créent ces animaux fabuleux appelés « khurus« , sauvages et indomptables. Certains sont facilement reconnaissables tels les hiboux ou les crapauds. D’autres représentations sont imaginaires et semblent figurer une symbiose des espèces. Ces monstres fantastiques sont censés représenter la naissance des idées, la nativité, la créativité voir la folie, ce n’est ni bon ni mauvais mais entre les deux. (Image du blog « Terre de trek » – https://terredetreks.com/sucre-et-le-cratere-de-maragua/)

La plupart des communautés situées vers l’est, le nord et le sud-est de Sucre, pratiquent un autre style de tissage connu sous le nom de Tarabuco. De tous les vêtements tissés dans cette région, celui dont la technique est la plus complexe est « l’aqsu« , une sorte de cape portée par les femmes. Les dessins de l’aqsu tarabuco sont très différents de ceux de j’alqa. Leurs motifs sont tissés en bandes symétriques qui donnent l’impression d’un certain ordre. Leurs thèmes sont de deux natures : soit des éléments de type abstrait répétitifs, soit des icônes (animaux, êtres humains, objets quotidiens ou festifs). Les tarabucos reflètent, en miniature, toute une vision de la réalité. Les motifs sont tissés avec de la laine de mouton, teinte dans des couleurs vives, ce qui contraste avec le fond tissé en coton blanc. Ainsi, non seulement la couleur mais également la texture de la laine (qui fait apparaître les figures en relief) mettent en valeur chaque détail. Les tissages tarabucos ne jouent pas seulement sur les contrastes mais aussi sur les dégradés de couleurs. Ces changements de tonalité caractérisent surtout le poncho masculin qui comporte des grands espaces où la couleur se dégrade tout doucement. (Image du blog « Terre de trek » – https://terredetreks.com/sucre-et-le-cratere-de-maragua/)

Astuce visite : Le musée est au sud-est de la ville et coûte 25 Bs par personne, on peut facilement y passer deux bonne heures.

En plus de présenter ces œuvres magnifiques, l’exposition est très documentée avec des livres en espagnol, anglais et français. Hélas les photos sont interdites mais voici quelques exemples trouvés sur internet. A la sortie du Musée, nous irons admirer un coucher de soleil sur la ville du haut du Mirador Peregrina à deux pas.

Nous finissons nos cours d’espagnol et notre séjour dans cette belle ville est déjà terminé. Nous n’avons sincèrement pas envie de la quitter mais le lendemain nous retrouvons les parents de Micka à Uyuni pour aller visiter le grandiose Salar d’Uyuni.

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