Mu Cang Chai, accueillis par une famille H’Mong

Après la boucle d’Ha Giang aux paysages exceptionnels, nous décidons d’écouter les bons conseils d’un ami qui a exploré une autre région célèbre pour ses rizières : le Mu Cang Chai : « Vous verrez, vous serez seuls et vous allez en prendre les yeux !». Soit, c’est parti pour l’aventure !

Mais avant tout voici le sommaire de cet article :

Arrivée à Nghia Lo

Pour explorer les beautés de la province de Yen Bai, et voir les fameuses rizières en terrasses du district du Mu Cang Chai nous décidons d’atteindre la ville de Nghia Lo pour louer une moto et commencer notre exploration.

Astuce transport : Depuis Ha Giang, prendre un bus direction Yen Bai avec un départ à 6h20 du matin (120 000 VND). Puis une fois arrivé à la gare de Yen Bai prendre un bus pour Nghia Lo à 12h30 (70 000 VND). Il y a d'autres bus si jamais les horaires ne correspondent pas.

Au passage, malgré tous les commentaires de certains voyageurs à propos du traitement odieux des chauffeurs envers les touristes, pour notre part nous sommes aux anges. Grand sourire, partage de fruits et gestes amicaux envers nous, nous adorons vraiment les vietnamiens et il semblerait qu’ils nous le rendent bien. Une fois arrivés à Nghia Lo, dans notre cas vers 15h, nous avions repéré la guesthouse Kim Quy pour y passer la nuit et laisser nos gros sacs avant notre moto-trip. Le contact est plein de sympathie même si on doit passer exclusivement via Google traduction !

Astuce logement : La guesthouse Kim Quy propose des chambres avec sdb privée pour 140 000 VND. Il faut rajouter 10 000VND/personne pour un petit déj’.

Notre mission ensuite est de trouver un scooter. Nous sortons dans la ville et nous rendons compte que tout le monde nous regarde de façon plus ou moins insistante. Nous sommes certainement les seuls “blancs” de la ville. Aussi, pour la première fois en Asie nous galérons vraiment à trouver une moto. Nous nous armons de patience et de Google traduction et interrogeons plusieurs commerces, la plupart s’esclaffent par le simple fait de notre présence, au moins le climat est bon enfant. Un vendeur de casque nous appelle finalement quelqu’un qui vient nous chercher et nous amène dans le hall d’un hôtel. Nous n’avons pratiquement rien échangé avec le proprio de l’hôtel mais 15 min plus tard arrive une semi-automatique, deux « casques » et un contrat en vietnamien. Ah bon ça marche comme ça ici ?! Malgré la galère à essayer de comprendre les termes du contrat, une petite négociation et 1 million VND de caution (mais pas de passeport) nous sortons 30 min plus tard avec notre moto temporaire !

Astuce transport : Location de semi-automatique pour 180 000 VND/jour dans l’hôtel Nhà Nghi Hoa Yen 2.

Rendez-vous au-dessus des nuages

Premier jour de trip devant nous : nous n’avons que 90 km à parcourir dont un col à passer. Le climat est plutôt clément bien que nuageux et frais dès qu’on monte sur notre engin. Nous partons sur les coups de 11h, la banane de découvrir de nouveaux paysages, seuls au monde.

Entourés de montagnes, roulant sur une route belle et sinueuse, les kilomètres passent rapidement et nous faisons une première pause pour manger au niveau du village de Tu Le. Comme nous sommes accros au café vietnamien nous espérons croiser un point de vue dans les prochains kilomètres qui pourraient proposer une petite tasse d’énergie. Souhait entendu, nous nous arrêtons à un point de vue sur nos premières et magnifiques rizières en terrasse. La saison n’est pas la plus belle, elles ne sont pas vertes comme dans les catalogues d’agence de tourisme, cependant les dégradés de verts, de bruns terreux et les terrasses remplis d’une eau tellement calme qu’elle reflète le ciel en fait un spectacle saisissant. L’homme est un sculpteur de la nature parfois doué et les rizières en sont la preuve.

C’est donc à partir de ce moment-là, soit à mi-chemin de notre destination finale que nous avons le droit de contempler pas mal de rizières, pour notre plus grand bonheur. Nous reprenons la route et avons le droit au deuxième spectacle de la journée. En effet, nous devons passer un col, qui est d’ailleurs un des 4 plus hauts du Vietnam. Notre ami nous avait prévenu : « il y a beaucoup de nuages et on ne voit rien à 20m ». Sauf que le temps a décidé de ne pas trop nous embêter et de nous faire passer à travers puis surtout au-dessus des nuages. En résulte des montagnes qui transpercent la brume et une course aux nuages amusante qui rendent le paysage mystique. Nous sommes comme des gamins sur notre deux roues…

Nous entamons la descente de la montagne et arrivons dans une nouvelle vallée avec le soleil, il fait beau, nous sommes de bonne humeur et nous voyons toujours des rizières mêlées à de la forêt. Nous nous rapprochons de notre but final pour dormir. À part pour la route principale, notre bible maps.me est inutile et ne connaît aucune petite route, nous avons donc téléchargé une carte Google maps hors ligne de la région. Nous souhaitons dormir en haut des terrasses et avons repéré une homestay. Nous n’avons pas réservé mais nous nous disons qu’il n’y a pas grand monde à part nous. Notre carte nous indique de sortir de la route principale pour un chemin de terre pentu.

C’est de loin le chemin le plus dangereux qu’on ait jamais pris en moto, étroit d’un mètre, poussiéreux voir argileux, ultra pentu, avec des virages what the fuck, il trace littéralement dans la montagne et les rizières en terrasse. Elodie doit parfois descendre de la moto la pousser au risque de faire péter le moteur ou pire de reculer et faire marche arrière dans la pente. Qu’est-ce qu’on fout là ? L’adrénaline est à son comble et nous arrivons dans un village après bien 30 min de montée trépidante. Un dernier chemin de moins d’un mètre avec le vide à côté nous attend. Nous préférons d’abord aller voir si la homestay est bien dispo…

Nous arrivons dans un ensemble de maisons traditionnelles H’mong en bois. Les H’mong sont une des plus importantes minorités ethniques du Vietnam. Nous arrivons devant la supposée homestay où se trouvent deux femmes H’mong en tenue traditionnelle et en train de coudre. Elles nous regardent grand sourire. On leur demande si nous sommes au bon endroit, en effet le lieu est très rustique, les poules, les cochons et les canards font leur vie autour de nous et elles ne parlent ni anglais ni vietnamien, dialecte h’mong oblige. Aux premières minutes après l’adrénaline de la montée nous nous retrouvons désarçonnés mais leurs regards sont si bienveillants et leurs sourires si sincères qu’elles nous mettent en confiance.

Micka va chercher la moto et on nous passe un téléphone. Le fils qui parle un peu anglais à l’autre bout du fil nous explique que c’est bien la homestay qu’on cherchait et qu’évidemment on peut dormir ici. Nous convenons du prix et nous avons juste 10 min à attendre le temps de préparer notre lit.

Astuce logement : L’Indigenous Homestay propose des chambres doubles pour 150 000 VND/nuit. La douche se fait au tonneau à l’eau froide. C’est le moment simple et le partage qu’on vient chercher ici, pas le confort.

Nous nous mettons à l’aise et les deux femmes s’activent autour de nous, à chaque fois que nos regards se croisent, c’est le langage du corps qui prend les devants, des yeux pleins de douceurs et des sourires inoubliables. Nous allons faire un tour et constatons enfin de la hauteur que nous avons prise. Bordel, nous dominons les rizières et les miroirs d’eau, les montagnes nous font face, et le soleil se couche en face de nous. La pression descend enfin face à ce paysage inestimable et bien mérité.

Nous retournons chez notre petite famille provisoire. Un autre des fils est arrivé il parle quelques mots d’anglais et maîtrise la communication Google traduction français/vietnamien. Le père est aussi présent et son visage est comme une frappe dans le ventre, les rides du travail et de la sagesse sont profondément inscrites sur son visage c’est un personnage qui inspire une profonde sérénité.

La maison est rectangulaire, entièrement en bois avec des toits en tôles. Parfois la charpente offre de grandes ouvertures pour mieux aérer le feu qui se fait à même le sol au sein du foyer. Il y a une cuisine avec le feu, un coin avec une énorme marmite pour la nourriture des animaux, un autel contre un mur, des pièces fermées par des rideaux avec des paillasses pour dormir. Nous dormirons dans un de ces espaces avec pour matelas un bloc de polystyrène et une grosse couette. La douche se fait à la dure, à l’eau froide d’un tonneau et les toilettes sont dans la cabane du jardin après l’espace des cochons.

Nous voilà à partager le repas tous ensemble après s’être chauffés autour du feu. La famille est au complet et malgré la barrière de la langue nous passons un super moment, la table n’est qu’abondance, c’est sur on veut nous gâter. Le fils nous montre ensuite un de ses instruments et nous en joue un peu autour du feu. Les frissons nous parcourent le long du dos avec cette musique si particulière jouée à la lueur des flammes. Nous partons nous coucher épuisés mais heureux de ces rencontres si particulières.

Une nuit compliqué et éprouvante physiquement nous attend, en effet, ce n’est pas tant la dureté de notre lit mais plutôt la fumée qui a envahi la maison et qui nous prend aux poumons. Cependant nous décidons de rester la nuit suivante, de laisser la moto pour la journée et de partir découvrir les alentours. Nous nous levons et constatons que le soleil est avec nous et seulement avec nous. En effet nous sommes au-dessus des nuages et seuls les habitants des montagnes ont le droit à ce spectacle matinal.

À la découverte des rizières

Après un petit déjeuner d’ogre – c’est bientôt le nouvel an vietnamien nous les soupçonnons de vouloir nous engraisser – nous partons à la découverte du village La Pan Tan et à quelques kilomètres de là d’une cascade. Le village est peuplé seulement de l’ethnie h’mong et tout le monde est habillé de façon traditionnel. Les gens sont très souriants, et viennent parfois à notre rencontre pour nous serrer la main, faire une tape sur l’épaule ou juste échanger un regard de plus près ou une parole que l’on ne comprend pas. Les mamés prennent leurs enfants dans les bras et leur font dire coucou, c’est une claque que l’on se prend en venant ici et en arpentant les chemins des environs. L’inconnu face à l’inconnu, un face à face indescriptible qui nous fait dire que voyager est un acte que l’on ne peut regretter.

Nous passons la journée à arpenter les alentours, cascade sonore dans un premier temps et rizières en contrebas dans un second. Nous ne croisons pas un seul touriste de la journée. Après quelques montées et descentes dans la butte de La Pan Tan nous rejoignons notre homestay sur un fond de soleil déclinant.

La mama de la maison nous accueille toujours souriante et nous attendais pour l’aider à fabriquer le tofu.

Alors comment se fait le tofu de façon traditionnel ?

> Un récipient avec les pois de soja sont mis dans de l’eau.
> On utilise une meule traditionnelle on met petit à petit les pois en y intégrant l’eau et on broie le tout en laissant s’écouler la mixture blanche dans un récupérateur.
> Puis on met le tout à grand feu jusqu’à ébullition.
> Récupérer le liquide à l’aide d’un sac filtrant
> Mettre sur le feu un deuxième temps et intégrer un coagulant (liste de coagulant)
>Puis faire bouillir une deuxième fois.
> Le tofu est prêt !

La maman de la maison nous dit de passer à table, nous nous faisons péter le bide encore une fois, à coup de tofu maison et de riz gluant, quel régal !! Une fois bien pleins, le fils et sa femme arrivent avec un énorme poisson et de quoi cuisiner, ils s’attèlent tous à faire à manger. Une fois fait ils nous demandent de passer à table avec eux… Nous ne pouvons ingurgiter grand-chose mais par respect et parce qu’ils sont contents de partager nous nous faisons quelques bouchées ! La soirée s’achève en roulant mais de bonne humeur pour une nouvelle nuit dans cette merveilleuse homestay.

Le lendemain matin nous nous réveillons et passons nos derniers instants tous ensemble. Ils en profitent pour nous faire essayer leurs tenues de grandes occasions, entièrement cousu main par les femmes de la famille. Nous n’avons pas les mêmes carrures mais nous sommes supers contents de ce partage culturel très riche ! L’ethnie h’mong est l’une des rares du Vietnam à continuer à créer traditionnellement et d’enrichir encore maintenant les motifs et les types de tenues.

Il est l’heure pour nous de rejoindre la ville de Mu Cang Chai et de voir de nouvelles rizières.

Mu Cang Chai

La ville de Mu Cang Chai est située à 8 km de nous, la route est ponctuée de paysages sublimes et nous avons un temps plus qu’ensoleillé. Les buffles se baladent de terrasses en terrasses et les travailleurs sont aux champs.

Nous arrivons finalement à la ville et trouvons une nouvelle homestay à ses portes.

Astuce logement : La Mu Cang Chai Homestay situé à l’entrée de la ville est une maison très agréable en bois avec des chambres doubles à 200 000 VND/nuit. En plus, ils savent bien faire la fête.

Nous partons faire une petite balade à pied sur les hauteurs pour voir de nouvelles rizières en terrasses et se défouler un peu. Nous sommes particulièrement fatigués aujourd’hui après un enchaînement très rapide des dernières semaines et de nombreuses courtes ou mauvaises nuits ces derniers jours.

Lorsque nous rentrons, la famille s’active pour dépecer et préparer un cochon entier et lance de nombreuses préparations. On nous dit que ce soir il va y avoir du monde, que ça va être bruyant mais qu’on est gracieusement invités à se joindre parmi eux. Nous sommes exténués, nous décidons donc de faire la sieste pour affronter la soirée de ce soir.

En fait, avant le Têt, ou nouvel an lunaire, les gens invitent leurs amis et voisins à manger chez eux un énorme festin, et ça tourne de maison en maison tous les soirs avant le Têt. Il y a donc énormément de nourriture, et surtout énormément d’alcool de riz. La tradition veut que l’on ne boit jamais seul, on convoque tous ceux de la tablée à boire avec soi ou bien même en tête à tête ou à plusieurs, un petit cul sec et on se serre la main.

Nous avons commencé à manger et boire à partir de 18h30. Et nous avons fini complètement achevé à 23h, parmi les derniers résistants de la soirée ! Les vietnamiens nous ont enchaîné et ont essayé de nous coucher mais nous avons résisté ! Nous avons par contre passer notre soirée à dire des « Tchuksoukwey » (en vrai ça se n’écrit pas comme ça mais ça se prononce comme tel et ça veut dire « bonne santé ») des « I love you my friend », ou bien des « Oh sorry » dès qu’on remplissait le verre de quelqu’un. Faut imaginer la gueule de bois du lendemain après ça…

Retour violent à la réalité

Réveil difficile pour le lendemain de soirée, mais nous devons repartir direction Nghia Lo pour la fin de journée. Nous partons en milieu de matinée sur notre scooter et continuons toujours autant à nous émerveiller (et oui, il en faut peu pour être heureux). Nous nous arrêtons faire une pause déjeuner au même point de vue de l’aller pour se faire un plat de soupe et un café corsé.

Malheureusement Élo commence à n’aller vraiment pas bien et nous repartons sur le scooter avec une passagère au palpitant à 3000. Ça ne va pas en s’améliorant et c’est après un arrêt d’urgence que l’on se rend compte qu’une crise de tétanie est en cours (on a vérifié 40 fois si ce n’était pas un AVC en cours). Grosse panique des deux côtés, Micka arrête une voiture et demande à deux vietnamiens de conduire Elo fissa à l’hôpital de Nghia Lo. Le petit monde part en voiture et Micka est derrière avec la moto.

N’ayant pas compris ce qu’il arrivait à Elo, ils lui demandent quand même si elle est enceinte, mais non ! Son corps est juste en train de partir en cacahuètes ! Une deuxième crise surgit et les vietnamiens comprennent que ce n’est pas drôle, alors ils accélèrent comme des fous. On est quand même sur une route de montagne et Elodie pense qu’elle va arriver les pieds devant à l’hôpital mais pas à cause de sa crise !

Au final, arrivés à l’hôpital, la prise en charge se fait directement et on passe la nuit là-bas. Rien de grave, on lui diagnostique une insuffisance en calcium et on lui en injecte direct. Maintenant vous savez que le manque de calcium (et peut être beaucoup de fatigue) favorise les crises de tétanie/spasmophilie. On saura plus tard que la carence provoque aussi des troubles de l’humeur, des indécisions, du stress, de la fatigue morale et physique, tous ces beaux symptômes qui accompagnaient Elodie depuis un moment. Youpi, c’est le moment pour ce voyage de repenser à la suite et surtout de faire un break. Cet ascenseur émotionnel nous a séchés et nous ne pouvons plus avancer, ni l’un ni l’autre.

Sortis de l’hôpital, nous enchainons donc quelques transports pour retourner à Hoi An une destination que l’on sait parfaite pour se poser les deux prochaines semaines.

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