Medellín, une ville qui ne laisse pas indifférente

Après la région cafetière nous nous attaquons à notre première métropole colombienne, Medellín. Ville chargée d’une histoire aussi terrible qu’emplie d’espoir, nous allons la parcourir aux côtés de guides locaux afin d’en apprendre le plus possible. Il faut dire que leurs récits nous aurons presque émus aux larmes, nous vous emmenons à la découverte de cette ville surprenante.

Mais avant tout voici le sommaire de cet article :

Le quartier El Poblado

Quand nous avons dit à nos parents « demain on franchit la frontière colombienne pour visiter le pays pendant 2 mois » leurs premiers mots ont été « vous faites bien attention hein, et si vous pouviez éviter Medellín ça serait pas mal quand même ! » Il faut dire que nous ne voyons pas le pays et cette ville de la même façon, faute de génération et de la presse internationale. Pour nous, jeune bambins de 25 ans, c’est LE nouveau pays d’Amérique du sud à visiter, les gens sont supers sympas, les paysages incroyables, les plages des Caraïbes sont cristallines et il n’y a pas encore trop de touristes. Pour nos parents, les seules informations transmises par la presse sur la Colombie ces 20 dernières années sont les cartels de drogue et les attentats, la guerre civile entre les FARCS et les paramilitaires ainsi que les assauts brutaux de l’armée pour « nettoyer les banlieues ». Et ces faits se concentrent en partie à Medellín ! On peut comprendre leurs craintes. Mais comme tout le monde nous le répète, maintenant cela a bien changé et nous comptons le voir de nos propres yeux.

Étant donné que nous sommes aventuriers mais pas téméraires, nous décidons de poser nos valises dans le quartier d’El Poblado, lieu de résidence de la classe haute de la ville où se concentrent les boutiques chics, les restaurants, les bars et discothèques ainsi qu’une grande majorité des auberges et hôtels. Nous emménageons donc pour quelques jours à l’hostal Friends to be. Avec le recul si nous retournons à Medellín, nous choisirons plutôt le quartier Laureles plus calme et surtout, moins cher.

Astuce logement : L'hostal Friends to be propose des chambres doubles sans sdb, avec petit déjeuner pour 51 000 COP, lieu agréable et propre, hyper bien placé, décoration sympa mais bruyant car il y a une boite en face.

Nous commençons donc notre découverte de la ville par notre quartier de résidence. Ça tombe bien nous avons envie de boire des bières et de manger à l’extérieur et nous comprenons vite que c’est LE quartier pour ça ! D’ailleurs nous n’avons jamais vu autant de restaurants ou bars concentrés au même endroit. L’ambiance festive est vraiment agréable avec la musique partout et les guirlandes de lumières qui courent d’arbres en arbres. C’est toujours accompagnés de Julie et Greg que nous profiterons de cette ambiance d’abord au bar 37 park puis un autre soir, au BBC.

Nous nous disons que nous devons faire un peu tâche en tong/short/tee-shirt au milieu des colombiens habillés super classes pour sortir. Pour tout avouer, nous pleurons intérieurement sur notre apparence en bavant devant une petite robe ou un pantalon chemise classe… mais sincèrement, notre backpack est bien trop lourd et nous préférons garder notre argent pour de bonnes bières entre amis ou qui sait ? Un stage de plongée ou tout autre folie.

Le quartier El Centro

De bonne heure, nous débarquons à la station Alpujarra pour entamer un Free Walking Tour (= visite guidée rémunérée au pourboire) du quartier El Centro. Nous partons avec German, un paisa (nom des habitants de la région de Medellín) de 31 ans pour un tour de 4 heures.

Astuce visite : le free walking tour du centre de Real City Tour est à ne pas louper pour connaître l'histoire de la ville. Inscription sur internet obligatoire avec 2 visites par jour le matin.

Il commence par nous conter les grandes lignes de l’histoire de la ville que nous vous retranscrivons ici.

Épisode 1 : les origines
Au débarquement des colons espagnols, ces derniers atteignent la vallée Aburra (vallée de Medellín) et y découvre un paysage magnifique au climat clément mais au peuple indigène pauvre (pas d’or), ils y restent quelques jours avant d’en repartir. Un siècle plus tard alors que les espagnols sont bien installés dans le pays, ils reviennent dans cette vallée pour y fonder un petit village qui restera petit pendant un siècle supplémentaire. Comme la ville ne s’est pas développée à l’époque coloniale, on n’y retrouve pas de « beaux » bâtiments coloniaux comme à Carthagène ou Popayán.

Épisode 2 : Croissance de la ville
Avec la découverte du café en Afrique et son implantation en Amérique du sud, le climat clément de la vallée d’Aburra devient intéressant pour sa culture. Medellín va subir une explosion démographique. En plus du café, des industries importantes de textiles s’implantent et créent un besoin énorme de mains d’œuvre entraînant un déplacement de la population des campagnes vers la ville. En 100 ans la population passe de 2 000 à 500 000 en 1950. En 2002 on recense 2 millions d’habitants et en 2018, 4 millions.

Épisode 3 : Les années 70

La ville est en pleine croissance et une nouvelle culture fait son apparition, elle donne aussi beaucoup d’énergie mais ce n’est pas du café : la cocaïne. Une grande partie des familles à la tête des cartels est basée à Medellín mais restent désorganisées. Le tristement célèbre Pablo Escobar va rassembler ces familles et créer une des organisations mafieuses les plus puissantes au monde. L’Etat s’y oppose violemment et une guerre éclate. Pour les habitants de Medellín cette période est synonyme de meurtres, d’assassinats, d’attentats dans des lieux publics ou bâtiments de l’Etat. Malgré le financement de la construction de certains quartiers, Pablo Escobar n’est absolument pas vu par les habitants comme l’espèce de Robin des Bois présenté par Netflix, mais comme un terrible criminel ayant plongé la ville dans le chaos. Nous avons la chair de poule quand notre guide de 31 ans nous raconte qu’à l’âge de 6 ans, dans sa classe, 4 de ses camarades ont perdu un membre de leur famille.

Épisode 4 : la renaissance
Les colombiens sont un peuple qui garde espoir, toujours ! C’est ce que nous transmet German, peu importe la situation, les colombiens fêtent les victoires et oublient les pertes et les désastres, ils regardent devant, vers le futur avec la croyance absolue que demain sera mieux qu’hier. La preuve en est avec la renaissance de Medellín.

Après les années 70, la ville se relève petit à petit de la période Escobar pour devenir aujourd’hui une des villes les plus puissantes et moderne du pays. L’avancée qui signe la renaissance de la ville est la construction en 94 du métro, le seul du pays. Son utilité est indéniable mais c’est surtout un symbole de modernité et d’espoir pour la ville. En 25 ans, aucun siège n’a été dégradé, aucune vitre rayée! Nous l’avons emprunté plusieurs fois, et nous avons l’impression systématique qu’il a été mis sur les rails l’année dernière tant l’endroit est respecté et bien entretenu. Au cours de la visite, German nous présente d’autres constructions qui signalent de la renaissance de la ville.

Tour des grands lieux du centre

Nous commençons par la place du pouvoir et ces trois bâtiments de style brutaliste :
Le siège du gouvernement de la région, la mairie et la cour de justice. Au centre une sculpture de bronze énorme qui conte l’histoire de la ville.

Nous continuons avec la bibliothèque et la place de Las Luces, la place des lumières face au deux plus vieux bâtiments de la ville. Ancienne place du marché noir et de la prostitution, la symbolique du savoir qui remplace le passé obscur est clairement affichée. La place se pare de lumière une fois la nuit tombée avec ses dizaines de « sabre lasers » pointés vers le ciel.

Après une traversée sportive de la rue commerçante et populaire où on trouve de tout à des prix imbattables (si l’on sait négocier), nous débouchons sur l’ancien palais de justice transformé en temple de la contrefaçon, ironique !

Petite pause déjeuner et nous voilà à la place Botero. Du nom du célèbre sculpteur de la ville, elle concentre une vingtaine de ses œuvres. Sa particularité est de modifier les proportions de certaines parties du corps de ses modèles créant des personnages plutôt comiques.

Nous finirons notre tour avec la dernière histoire de German. Sur une place il y a deux statues d’oiseau de Botero, une toute neuve et une autre déchiquetée. En 1995 une bombe cachée dans la statue explose et fait 28 morts. L’artiste demande à la ville de conserver la statue par devoir de mémoire et offre une copie intacte de la version originale, par devoir d’espoir. Un passé terrible avec un espoir inflexible sur un avenir prometteur, voilà ce qu’on retiendra principalement de Medellín. Ce fut une visite vraiment intéressante et émouvante, nous ne nous sommes pas ennuyés une seule seconde, c’était juste génial !

Un tour au parc Arvi

Nous sommes dimanche matin et c’est un jour un peu spécial pour la ville car elle reproduit une étape du tour de France en vélo pour les amateurs. Il faut savoir que la Colombie, c’est LE pays du vélo maintenant, et que cette année c’est un colombien qui a gagné le tour ! Nos deux amis Julie et Greg pratiquent ce sport à Lyon et décident de faire une partie du circuit avec une agence de cyclisme local. Départ 6h30 du matin pour eux et pour nous ce sera matinée détente et appels à nos familles.

Ces photos ci-dessous prouvent une légère différence d’intérêt auprès d’un village de tour de France. Big Up à nos loulous sportifs qui choisissaient leurs vélos pendant que nous avions remarqué le stand de viennoiseries françaises, Oups!

Ils reviennent à midi heureux mais vannés ! Nous décidons d’aller passer une après midi détente au parc botanique de la ville. Hélas, il est fermé pour la semaine car une exposition s’y prépare. Nous nous rabattons donc sur le grand et sauvage parc Arvi.

C’est l’occasion de prendre le métro câble ou téléphérique avec une vue spectaculaire sur l’immensité de Medellín. Tout comme à La Paz en Bolivie, nous comprenons vite que les riches sont dans la vallée, à plat et proche du métro et que les classes populaires sont dans les pentes. Plus nous montons plus c’est pauvre, certaines maisons sont en bois, il n’y a plus d’accès voiture, pas de places ou d’espaces publics, les maisons s’empilent les unes sur les autres.

Puis la coupure est franche, d’un coup au sommet de la crête nous passons de la ville à la nature, quelques pâturages et champs puis une forêt. La transition s’est faite en quelques secondes. Nous arrivons à l’entrée du parc en cherchant une zone d’herbe où se détendre. Après 10 bonnes minutes de marche, nous comprenons vite que ce n’est pas un parc aménagé, seulement une route qui le traverse avec des restaurants sur les côtés et des entrées de chemins de randonnée. C’est un parc naturel et non urbain, mais pour nous qui voulions juste nous poser dans l’herbe au soleil, nous sommes un peu déçus. Nous trouvons finalement un camping où une famille pique-nique et joue au foot, ce sera notre lieu de repos et c’est plutôt sympa ! Nous n’y passerons peu de temps mais c’est une belle découverte pour ceux qui veulent randonner à deux pas de la ville.

Astuce visite : pour se rendre au parc Arvi prendre le premier métro câble à la station Avecedo (2 550 COP) puis le deuxième spécialement pour le parc à la station Santo Domingo (10 000 COP).

La Comuna 13

Parmi les exemples fortement symboliques de la renaissance de la ville, on peut évidemment citer la Comuna 13. Sa transition entre un lieu franchement dangereux et un lieu ultra touristique n’était pas d’une évidence flagrante et pourtant, c’est aujourd’hui un des lieux les plus visités de la ville.

Nous décidons de réserver notre “Graffiti tour” auprès de Ludovic Bertel, un guide français qui habite la Colombie depuis des années. Nous ne pouvons que le recommander, il nous expliquera pendant 4h l’ensemble des graffitis, l’histoire et les initiatives des habitants du quartier pour s’en sortir et avancer.

Pour mieux comprendre ce quartier un peu d’histoire s’impose :

1/ Origine du quartier et construction

Outre l’attrait des développement industriels, des déplacements forcés au sein de la Colombie ont mené à une mouvance rurale des paysans vers les centres urbains comme Medellín. Ils se sont retrouvés à devoir reconstruire de zéro, au milieu de conflits dont ils ne sont que les marionnettes. Leurs déplacements ont donc été “favorisés” sur les terrains aux périphéries de la ville, dans les grandes favelas qui jaugent du haut de leurs collines le centre-ville plus riche. La comuna 13 s’est construite au fur et à mesure dans un grand bric à brac de tôle et de bois. En Colombie, pas de titre de propriété et chacun a pu, peu à peu pour sa survie, s’approprier un morceau de terrain…
Cette favela toute en hauteur favorise un développement urbain à base de petites rues escarpées, de places au milieu d’habitations, d’escaliers, de recoins, de points de vues étendus sur la ville, d’une forte tendance résidentiel avec un manque d’accessibilité aux services tels que les écoles, le travail, des transports publics entraînant ainsi l’isolation des populations pauvres et quasiment obligatoirement… une hausse du manque d’emploi, de l’impossibilité d’éduquer les enfants, de pencher petit à petit vers la voie de l’argent “facile” et de l’économie informelle.

Un terrain donc très fertile et très intéressant aux yeux de nombres de groupes impliqués dans la gestion de trafic de drogue que Medellín subit particulièrement à l’époque de Pablo Escobar.

2/ L’installation de différentes entités dans la comuna 13
C’est dans ce contexte urbain et très pauvre que les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) mais aussi l’ENL (Armée de libération nationale) viennent s’installer et régner. L’escalade de la violence et des trafics sont proportionnels avec l’étendue des dégâts sur la vie des civils avec de nombreuses guérillas aux dommages collatéraux non négligeable.

3/ Opération Orion

S’il y a eu d’autres opérations de l’Etat pour aller nettoyer la banlieue, l’opération Orion est la plus tristement célèbre. Près de 3000 policiers/militaires de différentes organisations de l’Etat pénètre dans la comuna 13 en octobre 2002 afin de “pacifier” le quartier. Cette pacification consiste à arrêter les groupes armées sauf qu’ils partent rapidement du quartier et que les forces de l’ordre continuent les arrestations aléatoires, les tirs à vue et font de nombreux morts et disparus au sein de la comuna 13. Les habitants du quartier pleurent leurs morts mais surtout leurs disparus, et un scandale explose à propos de La Escombrera, gigantesque fosse commune au sommet de la favela qui a fait disparaître bien des victimes que certaines familles risquent de ne jamais retrouver.

Pour mieux comprendre certains faits, et parce que nous ne sommes pas journaliste ou historien nous vous conseillons cet article très intéressant du journaliste Maurice Lemoine, spécialiste dans les faits latinos-américains. Par ici !

4/ La transformation du quartier

Les graffitis sont peu à peu apparus dans le quartier, transmettant des messages politiques et laissant la trace dessinés d’une histoire tragique. Exprimant leur colère ou leur espoir, les artistes en herbe ont l’air de rien donné un coup de pouce au développement du quartier. Après le “nettoyage” et la “pacification” de cette partie de la ville, les politiques ont fait un « geste » et ont offert un escalator se faufilant jusque dans les hauteurs du quartier. Ce qui était à la base un coup de publicité pour l’image des politiques s’est avéré important pour la vie de la comuna car ce quartier franchement pentu devint tout à coup accessible à tous et surtout à ses habitants.

Les quelques peintures ont peu à peu amenés d’autres graffeurs à s’exercer sur les murs et à se déployer dans les recoins et les grands murs du quartier. Entre accessibilité et curiosité artistique, l’intérêt touristique s’est peu à peu mis en place et le street art est devenu la nouvelle image de ce quartier qui a longtemps souffert. Les jeunes de la comuna se sont mis à conter l’histoire de leurs rues auprès des touristes, des initiatives ont commencés à naître concernant l’éducation, la prévention, les droits des femmes… C’est désormais un quartier qui renaît de ses cendres.

On notera toutefois que les effets du tourisme sur la comuna 13 tendent aujourd’hui à devenir quelque peu invasif… les boutiques destinés seulement aux touristes et les foules empêchant les gens du quartier à se déplacer peuvent être gênant tout comme le sentiment d’être épié par les passages nombreux devant le pas des portes des locaux. Espérons que les locaux ne doivent pas se déplacer pour laisser place à un quartier-vitrine.

Notre visite de Medellín s’arrête ici et elle ne nous a pas laissé de marbre. Ce n’est pas la plus belle ville de notre voyage ni celle où l’on s’est sentis le mieux mais elle a une histoire vraiment riche qu’il était intéressant de découvrir. Nous partons maintenant vers les couleurs du petit village de Guatape.

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